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acheter une propriété en restauration dans le Quercy


Kader et Nadège dans le Lot

Une ruine (suite)

Amina aurait voulu l’acheter, cette ruine. Propriété en restauration plutôt, où le propriétaire a sûrement déjà trimé des années sur la maison puis le découragement l’a pris ou l’âge l’a rattrapé...
« - 500 euros par mois, 6 000 euros par an, depuis dix ans, si tu avais ces 60 000 euros d’apport la banque te prêterait.
- Donc je préfère qu’elle ne me prête pas, je suis fière de ce que j’ai fait. Cet argent était plus utile là-bas qu’ici. Un jour je l’aurai ma maison mais ma mère passera toujours avant.
- Alors, pourquoi te plains-tu ?
- Je ne me plains pas mais je voudrais bien l’acheter cette maison, pour avoir un toit au cas où un jour tu me mettes dehors. »
Seule la mort de cette mère semblait pouvoir nous sauver ! À 52 ans, elle se considérait d’ailleurs déjà comme une survivante, ayant enterré quasiment toutes les femmes de son âge. Mais grâce à sa fille providentielle, elle se soignait correctement à la moindre alerte. Dans ces cas-là, immédiatement Amina augmentait la "dotation".

Nadège s’est faufilée par l’espace d’une fenêtre à poser. Nous l’avons suivie. Elle rêvait tout haut "là ce serait la cuisine... ici le canapé en open space... trois chambres au-dessus."
Elle nous a regardés : « si la banque me fait un prêt, je l’achète. »
Amina lui a répondu : « si la banque m’avait prêté, je l’aurais achetée. »
Et Kader « je l’achète ! »

Un soir de fin mars, Kader m’a confié : « j’ignore ce qui s’est bidouillé dans ma tête, je me sentais tout bizarre, je me voyais vivre là, avoir des enfants, les élever tranquillement, le bus passerait sur le chemin en bas après le ruisseau, ils ne risqueraient pas de tomber sur une seringue ni de choper une balle perdue ou d’être écrabouillés par une voiture de keufs... On ne sait pas, on n’a pas idée, quand on grandit dans notre béton, qu’un tel monde existe... et qu’il peut procurer du plaisir... le retour à la nature comme ils bavent à la télé. »

Nadège, également fin mars, peu après « J’ignorais s’il allait être réceptif à mes arguments mais au moins ça représentait une opportunité » : « mon enthousiasme pour cette ruine, ce n’était que du cinéma. Ce que je voyais, c’était l’occasion de quitter le 9-3. J’avais compris que là-bas je ne m’en sortirais jamais. Il me fallait éviter d’être l’enjeu d’une guerre entre beurs et ritals. J’étais le lot du gagnant, une question d’honneur, entre Kader et Pablo. Les deux m’ont piégée. Je ne pouvais pas imaginer Kader vivre ici. Cet endroit a représenté l’espoir de me libérer de cette prison. J’étais certaine qu’il retournerait là-haut avant huit jours. Et il s’y plaît. Le béton, la bière, la brioche, toi, le vieux et moi, il me dit qu’il a trouvé ce qui lui convient. Symboliquement, tu commences à prendre la place de son père, et le vieux celle de son grand-père. Et il sait que s’il retourne là-haut, il finira comme les autres, victime d’un ambitieux. Son cousin Farid, il s’en méfie de plus en plus. À chaque fois que je crois me débarrasser d’un bourreau, j’ai l’impression qu’on m’enchaîne encore plus... Je ne te demande même pas d’aide. Car je sais qu’arrivée à ce point, toutes les solutions, je les ai imaginées… »


"Un Amour béton" publié par Stéphane Ternoise en mai 2013. Roman.



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Sous-titré : Communes nouvelles 2015 ou fin de la ruralité.

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